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Stéréo Prestige & Image - Mai 2011
Avec les premières mesures de la boîte à musique du Pulse, les DC10T révèlent un très haut pouvoir de résolution sur tous les bruits de la petite mécanique d'entraînement, un détourage très précis du coffret, de ses résonances dans l'espace exactement entre les deux enceintes, un environnement du lieu de l'enregistrement parfaitement cerné. La capacité dynamique hors du commun pour une enceinte domestique se révèle sur les amplitudes des vibrations des lamelles soulevées par les picots du tambour de partition ainsi que la présence plus prononcée des résonances du coffret en bois. A la fin de la petite comptine, le claquement du couvercle contre le coffret réceptacle de la mécanique apparaît avec un écart de niveau plus violent, des résonances du boîtier en bois du coffret beaucoup plus évidentes. On a l'impression d'avoir ainsi retiré un voile sur l'acoustique du lieu de l'enregistrement, tant elle apparaît clairement évidente aux sollicitations de la boîte à musique.
Sur les passages de pluie en pleine campagne, il ne s'agit pas d'un rideau d'eau sur un plan unique qui se situe devant les enceintes, mais bien selon différents plans qui s'étagent assez loin derrière celles-ci. Ainsi, contrairement à ce que l'on ressent d'habitude avec des chambres de compression, la pluie n'est pas projetée en "douche" à la figure mais bien à la verticale selon des niveaux successifs, avec un bruit bien liquide s'écrasant au sol et non le crépitement d'un peu de bruine. Les divers chants d'oiseaux ressortent parfaitement détachés en différents points de l'espace, avec un caractère beaucoup plus vif, spontané, moins étouffé que d'habitude. Sur le coup de cloche du temple, le front de montée de l'attaque de la poutre maintenue par les chaînettes contre la paroi en bronze déclenche des amplitudes de résonances beaucoup plus marquées que sur les enceintes hifi traditionnelles avec, grâce à la définition extrême des cônes en pulpe de cellulose, beaucoup plus de grain, de caractère sonore étincelant de l'alliage. Les divers bruits en arrière-plan sont reproduits avec beaucoup de clarté, comme si la vie "grouillait" davantage au sein d'une atmosphère plus légère, moins lourde. Tout est reconnaissable sans effort d'attention, des casiers de bouteilles que l'on résume aux chiens qui aboient, jusqu'aux oiseaux qui chantent sur différents plans, avec après le dernier coup de cloche, une exploration de l'infra-grave pour transcrire les explosions au lointain dans un champ de tir militaire.
Les deux 25 cm ne sont pas là pour faire de la figuration, ils descendent vraiment avec une énergie farouche. On peut s'en rendre compte sur la démonstration des grands tambours dont les déflagrations au travers des Tannoy déchirent l'air, avec une pression physique sur tout le corps qui est loin d'être une plaisanterie.
Ce que l'on ressent aussi sur la magistrale interprétation de la Toccata et Fugue BWV 565 de Bach qui prend un élan totalement nouveau par la fougue, la véhémence de l'organiste Kei Koito sur l'orgue monumental de l'église de la Cour à Dresde par le facteur Gottfried Silbermann, dont la puissance jusque dans le sous-grave (des seize pieds, voire des trente deux pieds) s'exprime avec une articulation entre les notes étonnante, malgré le temps de réverbération très long de la nef au travers des DC10T, sans le moindre signe de faiblesse. Sur les petits jeux, toute la rutilance des tuyaux ressort, sans se transformer en corne de brume mais avec l'expression des justes tonalités qui s'enchaînent avec un véritable impact. La différenciation entre les sons directs et réfléchis est extrêmement marquée, point de confusion, mais une notion de lisibilité permanente sur l'ensemble des jeux assez extraordinaire. Les Tannoy savent vous emporter dans cet "ouragan sonore" parfaitement maîtrisé dont chaque hauteur tonale est extrêmement différenciée. On peut pousser le volume sonore sans arrière-pensée, sans risque de bafouillage mais certainement avec des plaintes du voisinage se demandant si on n'a pas installé un buffet d'orgue chez eux...
Cette absence de confusion, cette analyse très fine, aérienne tout en ayant des fondations sonores d'un autre monde se retrouvent aussi avec les Tannoy au travers d'une autre oeuvre de JS Bach, la Cantate BWV70 faisant intervenir cordes, instruments à vent, choeur, soprano, basse, ténor avec encore un entrain, une fougue peu commune sous direction de John Eliot Gardiner. Véritablement, les DC10T procurent un pouvoir de séparation étonnante entre les divers instruments, avec une présence lumineuse sur ceux à vent, trompette étincelante, hautbois qui "chantent" littéralement sans effet nasillard ou mirliton. Le choeur, grâce à la grande surface de rayonnement procurée par les deux 25 cm entre 200 Hz et 1,4 kHz, est reproduit avec une extrême lisibilité, sans coloration de fond de cornet en papier, ni accentuation des chuintantes ou sifflantes. Le récitatif de la voix de basse possède toute la force de persuasion d'un orateur en colère, sans qu'apparaissent en superposition des colorations de coffret ou de fond de tonneau. L'articulation de chaque mot se détache avec chacune des syllabes prononcée plus franchement avec encore plus d'assise.
On retrouve ce sens de la prononciation distincte sur le passage du poème Les Bijoux par Yves Montand où la voix parait retrouver, au travers des Tannoy, une maitrise, un sens des nuances dans les intonations beaucoup plus spontanés, sans effet de projection prononcé sur les syllabes explosives. Point de chuintement désagréable, mais un sens profond du détachement des consonnes, syllabes, en relation avec un vrai climat poétique un peu maniéré. La focalisation de la voix dans l'espace est très précise, sans dédoublement passagé ni déformation géométrique par élargissement "cinémascope" sur les pointes de modulation. L'accompagnement la contrebasse est extrêmement clair, très net dans ses attaques de cordes, avec une notion de corps de l'instrument qui n'apparaît presque jamais avec des enceintes hifi domestiques, tout en évitant les effets de sonorités caverneuses autour de 100 Hz. A l'autre extrémité du spectre sur les percussions en "guirlande" des tubular bells, les résonances des petits tubes qui sont balayés, ressortent avec un caractère cristallin, des différenciations de hauteurs tonales très marquées. Toute la réaction acoustique du studio d'enregistrement ressort avec beaucoup plus d'évidence là aussi.
Sur le passage Julian par Nils Landgret extrait de son album Funk Unit, Paint Blue, les DC10T révèlent tout leur potentiel de séduction sur le trombone à coulisse qui sonne juste, avec une vraie notion de pression acoustique que seules les chambres de compression savent transmettre. Même si les notes glissantes, on ne rencontre pas de moment d'excitation des résonances ou d'effet de cornet. La présense du trombone à coulisse est tout simplement exceptionelle. Le piano s'exprime avec des attaques de notes fulgurantes qui se prolongent pas la suite avec une perception des atténuations beaucoup plus évidentes. Il possède une densité, une profondeur que l'on ne retrouve qu'avec l'écoute d'enceintes de monitoring (rappelant les célèbre Lockwood équipées des grands 38 cm Tannoy). Pas d'arrondissement dans le grave, mais une netteté incroyable sur les placages d'accord qui ressortent avec toute leur complexe richesse harmonique.
Avec le titre phare de ce CD My One and Only Thrill, les Tannoy vous transportent au coeur du studio avec une présence incroyable sur la voix à la fois profonde et fragile de la chanteuse. En effet, les moindres reprises de respiration, les plus subtiles modulations de fins de mots sont parfaitement perceptibles grâce à une capacité dynamique hors du commun, même sur les petits signaux. La frappe du tempo au pied sur l'estrade ressort avec une profondeur peu courante. La lisibilité sur chaque instrument est totale.
En poussant les DC10T dans leurs derniers retranchements, sur Lopsy Lu Silly Putty par le trio SMV, elles descendent dans le grave avec une rapidité inouïe, sans le moindre phénomène de battements parasites entre les deux sections de 25 cm et une hauteur de couleur tonale juste grâce au papier bien traité de leurs membranes. Là aussi, la chambre de compression apporte le surcroît de mordant sur les attaques jusqu'à ressentir distinctement les différents touchers du médiator et de doigts sur les cordes des basses électriques, transformées en véritables percussions à vous lézarder les murs. Les DC1OT ne font pas semblant de descendre très bas, elles explorent les profondeurs abyssales du grave avec une rare facilité, une absence de distorsion incroyables.
