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Verdict
Simaudio lance sa gamme Compass avec une version haut de gamme de l'amplificateur intégré polyvalent. Le MOON 371 est généreusement équipé en termes de connectiques, de Roon à la sortie phono MM/MC, mais cette convivialité va de pair avec une restitution sonore aboutie qui allie clarté et précision à une dynamique et une puissance impressionnantes. Un grand bravo également pour le design de l'amplificateur, même si l'application MiND mériterait une mise à jour.
L'amplificateur intégré de streaming 371, compatible avec MOONLink, est « l'étoile polaire » de la nouvelle collection Compass de MOON by Simaudio : il regorge de fonctionnalités et ne manque pas de puissance
Les audiophiles chevronnés se souviendront que MOON était autrefois la marque phare du matériel hi-fi de référence de Simaudio. Mais aujourd'hui, le site web de cette marque canadienne s'intitule « MOON by Simaudio », et c'est MOON, plutôt que Simaudio, qui figure en gros caractères sur ses produits. De plus, Simaudio a également commencé à regrouper ses nouvelles sorties en « Collections ». La première d’entre elles, la Collection North, a vu le jour en 2023 pour accueillir les modèles phares. Nous découvrons aujourd’hui la Collection Compass, de deuxième rang, avec en tête d’affiche l’amplificateur de streaming MOON 371 que nous testons ici.
Vendu au prix de 6 800€, cet appareil présente à la fois l'allure et les caractéristiques techniques d'un amplificateur intégré résolument moderne, même si l'écran couleur qui occupe la partie centrale de sa façade n'est pas, contrairement à ce que l'on pourrait croire à première vue, un écran tactile. Certes, la colonne d'icônes lumineuses située à gauche donne l'impression de pouvoir être touchée du doigt, mais en pratique, ce sont les boutons noirs discrets situés juste à côté qui permettent de parcourir les sources et les options du menu.
Le MOON 371 suit la voie bien connue des amplificateurs auxquels « il suffit d’ajouter des enceintes », combinant une multitude de connexions filaires et sans fil avec un fonctionnement via une application pour smartphone/tablette, le tout dans un design compact. De style similaire aux précédents produits Simaudio, avec des flancs incurvés à chaque extrémité d’une façade disponible en finition noire ou argentée, l’appareil présente un aspect élégant et agréable. Et ses dimensions de 429 x 87 x 385 mm (L x H x P) devraient lui permettre de s’intégrer pratiquement partout. Ce premier produit de la nouvelle collection Compass s'inspire de certains aspects des modèles du catalogue Simaudio. Au premier rang de ceux-ci figure la technologie « MOON Distortion-Cancelling Amplifier » (MDCA), grâce à laquelle le fabricant affirme « rompre avec les conceptions traditionnelles d'amplificateurs basées sur la rétroaction » en renonçant à la rétroaction globale.
Bien entendu, une compensation est toujours appliquée pour gérer le gain et la bande passante, et pour réduire à la fois la distorsion et l'impédance de sortie, mais il s'agit ici d'une « correction d'erreur en temps réel » exclusive. L'alimentation MOON Hybrid Power (MHP) du 371 est également une conception sur mesure : il s'agit d'un circuit à découpage précédemment utilisé dans les DAC et processeurs de la marque, mais repensé ici pour être intégré à un amplificateur intégré. Le MHP est un facteur clé qui permet à l'appareil d'afficher un châssis de taille modeste et un poids de 9 kg sans pour autant limiter l'amplificateur de puissance de classe A/B lui-même, dont la puissance nominale est estimée de manière prudente à 2 x 100 W sous 8 ohms, doublant ainsi pour atteindre 40 W.
À l'avant de l'amplificateur se trouve un bouton de volume au toucher fluide qui passe de pas de 1 dB à 0,5 dB à mesure que le niveau augmente. À gauche de celui-ci se trouve une sortie casque de 6,35 mm, qui coupe les sorties haut-parleurs lorsqu'elle est utilisée, puis l'écran, qui affiche la pochette de l'album, le volume et la source pendant la lecture. Cet écran sert également à modifier les paramètres utilisateur du MOON 371 : luminosité de l'écran, niveaux de volume préréglés, mode économiseur d'écran, etc. La possibilité de renommer les entrées via un éditeur de texte est particulièrement utile, car elle permet de s'affranchir de la sélection dans une liste prédéfinie. C'est toutefois un peu fastidieux !
La connectivité du panneau arrière est très complète, même si l'absence d'une entrée USB-B compatible avec les ordinateurs semble être une occasion manquée – vous pouvez toutefois lire des fichiers depuis un périphérique de stockage externe via l'entrée hôte USB-C du MOON 371.
Pour les sources analogiques, on trouve des entrées XLR symétriques et RCA asymétriques, ainsi qu'une entrée phono commutable entre les configurations MM et MC, avec respectivement un gain de 40 dB et 60 dB. Par ailleurs, un autre jeu de connectiques RCA sert de sortie préamplificateur.
Les entrées numériques comprennent des connexions optiques, coaxiales et HDMI ARC, ainsi que le Bluetooth, le Wi-Fi intégré et l'Ethernet. Deux prises RJ45 sont fournies, permettant à l'amplificateur de fonctionner comme un prolongateur réseau vers un autre appareil, ou de faire partie d'un « MOONLink Group » grâce auquel plusieurs produits MOON peuvent être contrôlés comme un seul. La fonctionnalité multiroom permet de diffuser n'importe quelle entrée de l'amplificateur vers d'autres produits MOON en réseau. Pour cela, un convertisseur A/N AKM AK5552 gère les sources analogiques, mais il n'est utilisé pour la sortie principale de l'amplificateur que si l'utilisateur sélectionne le mode « Synchronisé » dans les paramètres multiroom (afin de garantir l'absence de latence entre les zones).
Il s'agit donc d'un appareil très flexible. C'est également le seul amplificateur intégré actuel de Simaudio doté d'un DAC intégré, les modèles de la North Collection étant destinés à être utilisés avec l'un des DAC/préamplis en réseau de la série. Ces appareils – les MOON 681, 791 et 891 – utilisent différentes configurations de puces EES Sabre associées à un système de reclocking et de réduction de la gigue basé sur un FPGA. L'étage numérique est ici moins avancé, puisqu'il repose sur un seul DAC ESS9039Q2M, qui a pourtant fait ses preuves.
Trônant dans la salle d'écoute HFN, où il alimentait des enceintes telles que les Wilson Audio Alexx Vfc et les B&W 801 D4 Signature, le MOON 371 a démontré qu'il n'était pas nécessaire de disposer d'un énorme bloc d'électronique, ni d'opter pour une configuration en composants séparés, pour créer une musique immersive à grande échelle. Certes, il est compact et riche en fonctionnalités, mais en entendant cet amplificateur alimenter des enceintes colonnes sur de grandes bandes originales de films et des hymnes de hard rock, vous pourriez vous demander pourquoi vous voudriez plus de puissance que ce qu’il offre ici.
Cette capacité à piloter les enceintes va de pair avec un rendu très naturel des détails les plus subtils. Le MOON 371 se montre donc à la hauteur de la situation, garantissant que la musique ne sonne jamais molle. De même, il n’y a ni chaleur excessive ni aigus dilués. Au contraire, l’amplificateur adopte une approche propre et largement neutre qui révèle la nature même de l’enregistrement.
Avec « Underwater Lazarium » de Randy Hanser, tiré de l’album Funtown de ce musicien américain, le MOON 371 a su puiser au plus profond des lignes de basse puissantes et des riffs de guitare électrique, offrant un son riche et couvrant toute la gamme de fréquences. Il a également su amener les grandes enceintes Wilson Alexx Vfx à produire cette présentation immersive à laquelle je me suis habitué. Il existe un écart de prix considérable entre ces enceintes et cet amplificateur, mais ce dernier n’était clairement pas dépassé par les événements.
Les aspects les plus « éthérés » de ce morceau de neuf minutes de Hanser présentaient un léger grain, manquant de cette touche finale de légèreté et de douceur. On pense notamment à sa voix légèrement traitée, dans le style de Mark Knopfler, et aux cordes aiguës en acier de sa guitare acoustique. Cela n’a toutefois pas empêché le morceau de sonner superbement dans l’ensemble, avec une dynamique et une puissance remarquables : une interprétation d’une grande ampleur et d’une grande richesse sonore.
La MOON 371 a offert une interprétation pleine d’entrain et révélatrice de « On The Road Again » de Katie Melua, qui met en valeur les talents vocaux exemplaires de la chanteuse sur un fond bluesy de guitare acoustique, de cuivres et de piano. Il n’y avait rien de timide ou de discret dans cette interprétation, le son bondissant vers l’avant pour presque toucher le siège de l’auditeur, chaque détail transitoire étant mis en valeur avec brio. En comparaison, son tube « Nine Million Bicycles » a pris une tournure plus douce et fluide, sans que l’amplificateur ne bascule dans un registre mielleux et trop doux.
Tout comme la voix de Melua, qui semblait aérienne et suave à travers le MOON 371, les grognements imprégnés de cigarette et de whisky de Johnny Van Zant sur l’album acoustique *Endangered Species* de Lynyrd Skynyrd étaient rendus avec une texture rugueuse, comme il se doit. Cependant, en écoutant « Devil In The Bottle », on avait l’impression que le chanteur était un peu trop dispersé, pas tout à fait ancré au centre de la scène au milieu de l’instrumentation. Cette impression de légère diffusion s’est également fait sentir avec « Theme From Southern Comfort » de Ry Cooder. Oui, le claquement et le twang de sa guitare slide étaient bien présents, mais peut-être pas définis de manière aussi impitoyable.
La ballade de Mathilde Storm « Cries Like A Baby » comporte une piste vocale cristalline qui peut fatiguer l'auditeur. Le MOON 371 l'a restituée avec une présence et un niveau de détail irréprochables, tout en évitant ces aigus granuleux qui poussent à baisser le volume. La basse ample de cet enregistrement, à la fois douce et robuste, constituait un autre élément remarquable.
Bien qu’il s’agisse d’un ampli tout-en-un, le MOON 371 n’offre aucun moyen de régler finement son son. On peut donc le considérer comme un modèle plus « puriste » que ses concurrents, qui intègrent des outils DSP et des fonctions de calibrage acoustique : il a produit un son authentiquement puriste lors de la lecture de « In On It », extrait de l’album Side-Eye III+ de Pat Metheny, via son propre module de streaming et son étage DAC. Dans ce morceau d'ouverture de l'album, aux côtés du batteur Joe Dyson, du claviériste Chris Fishman et du bassiste Daryl Johns, le guitariste déchaîne des riffs de jazz envoûtants sur un rythme de samba et des percussions cristallines, et le MOON 371 semblait restituer chaque petit détail.
Lorsque le groupe s'est arrêté au milieu du morceau, le son du charleston s'estompant peu à peu, j'ai pris conscience à quel point j'étais absorbé par cette musique, et de toute l'ampleur et la profondeur que cet ampli compact avait su dégager.
Pourtant, il s'est montré tout aussi captivant, mais d'une manière différente, en jouant la sérénissime ouverture de l'Aida de Verdi, où il a délicatement mis en évidence la myriade de cordes, s'élevant et s'abaissant au gré de la dynamique du morceau, et offrant véritablement une vue panoramique de l'orchestre. Le MOON 371 est d'une flexibilité enjouée, mais c'est aussi un interprète sérieux.